Interview avec le Général AOUN, réalisée par Christophe Ono-dit-Biot pour l'hebdomadaire Le Point des jeudis 21-28 décembre 2006, n° 1788-1789
Et contradiction (en direct du blog) de H&M pour les besoins de la démocratie et de la défense des libertés au Liban.
Le Point à M.A : Pourquoi voulez-vous faire tomber le gouvernement Siniora ? <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p></o:p>
Michel Aoun : La Constitution libanaise stipule que toutes les communautés doivent être représentées au conseil des ministres. Or Siniora a marginalisé notre parti, qui a pourtant recueilli 70 % des voix chrétiennes aux élections, et il n'a plus le soutien des chiites. Ce gouvernement est peut-être légal, mais il n'est plus légitime.<o:p></o:p>
H & M : La Constitution libanaise garantit le principe de « léquité » dans le représentation des communautés religieuses au Liban, certes. Mais elle ne prévoit nulle part le principe de quotas. Si le parti du Général AOUN (le RPL) a recueilli « 70% » des voix chrétiennes aux élections, je ne comprends pas pourquoi cette majorité ne sexprime pas là où elle est représentée, cest-à-dire au Parlement ! Reconnaître la « légalité » du gouvernement SINIORA aujourdhui est un progrès considérable fait par lopposition. Quant à la « légitimité » de ce même gouvernement, faudrait-il attendre la fin de son mandat pour laisser les électeurs sexprimer. Le Parlement ou le peuple par voie délections libres la seule voie raisonnable pour renverser le gouvernement, cest la voie démocratique et pas la rue.<o:p></o:p>
Le Point à M.A. : Vous étiez antisyrien et vous vous alliez avec le Hezbollah, prosyrien. Comment vous sentez-vous ? <o:p></o:p>
Michel Aoun : Très bien, merci, parce que ce n'est pas une alliance, mais une entente sur dix points, qui évacue toute idée de retour à la tutelle syrienne. D'ailleurs, le Hezbollah n'est pas prosyrien, c'est un mouvement de résistance libanais dont les armes n'ont jamais été tournées contre les Libanais. Contrairement à toutes les autres milices, qui ont du sang sur les mains et des charniers au Liban.<o:p></o:p>
H & M : Il ne suffit pas de le dire pour léviter. Ce sont les faits qui préjugent de lissue. Il ny a pas meilleur moyen pour provoquer le retour de la tutelle syrienne au Liban que celui de paralyser le fonctionnement des institutions et de faire régner linsécurité qui sévit et saggrave depuis la guerre des 33 jours (initiée par deux ministres appartenant au Hezbollah). Eviter le retour à la tutelle syrienne commande de sunir autour de la « légalité » en attendant le rétablissement de lordre et de la sécurité. Le Général AOUN va très bien. Tant mieux, le Liban qui va trop mal pour le moment aura besoin de tous ses fils pour le reconstruire.<o:p></o:p>
Le Point à M.A : Les « Allah akbar » qui montent vers le palais du gouvernement ne dérangent-ils pas le leader chrétien que vous êtes ? <o:p></o:p>
Michel Aoun : Non, car le Hezbollah n'est pas fondamentaliste. Ceux qui l'affirment sont ceux qui n'aiment pas la mode du turban. On fait une mauvaise presse à Nasrallah [NDLR, le chef du Hezbollah], un homme sage, qui connaît bien le terrain et respecte la liberté de conscience. A Beyrouth, tchadors et minijupes coexistent dans la même famille. C'est un signe. La guerre civile n'aura pas lieu et les chrétiens passeront un Noël tranquille.<o:p></o:p>
H & M : Quels sont les critères du fondamentalisme ? Quest-ce que la sagesse ? Les Libanais ont peur de tous les extrémistes de tous les bords. Les Libanais ne se sont jamais plaint du turban ni du tchadors (et encore moins des minijupes). Chacun ses convictions. Mais soyons réalistes. Si le fondamentalisme iranien gagne au Liban il est à craindre que le Chrétien libanais ne puisse plus arborer sa croix (même dune manière discrète) dans les rues de Beyrouth. Est-ce cela la sagesse ? Est-ce cela le respect de la liberté de conscience. La liberté de conscience devrait être un dogme qui simpose à tous sans exception et au-delà des rapports de forces militaires et au-delà de la terreur. Par ailleurs, merci de nous promettre de passer un Noël tranquille. Et après les fêtes ...
Le Point à M.A : Certains vous accusent d'être incontrôlable et de tout faire pour devenir président de la République... <o:p></o:p>
Michel Aoun : C'est vrai, je suis incontrôlable. Et imprévisible ! Je ne vais quand même pas dire comment je vais agir alors qu'on m'attaque de toutes parts ! Simplement, mon rôle est de pacifier le Liban en déconfessionnalisant les conflits. Si ce rôle coïncide avec le poste de futur président, c'est très bien. Mais, si je dois sacrifier quelque chose, ce sera la présidence et pas ce rôle.<o:p></o:p>
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H & M : Toutes les personnes qui se mêlent de politique au Liban sont en danger de mort, surtout si leur politique ne convient pas à lEnnemi. Quant à lincontrôlabilité et limprévisibilité personne ne voudrait mettre sa tête dans la gueule du loup non ? Un homme dEtat nest pas censé semer la terreur mais inspirer confiance au peuple. Pour déconfessionnaliser les conflits, faudrait-il dabord taire ces derniers. Ensuite, et seulement ensuite, la déconfessionnalisation pourrait être « favorisée ». On ne décrète pas une déconfessionnalisation pas au Liban pas aujourdhui. Sacrifice pour sacrifice, il ne faudrait pas que le Liban règle les ambitions des uns et des autres. Ne le sacrifions pas. A bon entendant .salam.<o:p></o:p>
Vive le Liban libre, souverain et indépendant (quelles que soient les confessions des uns et des autres Cest ce qui fait le charme de ce pays...non ?). Hiam Mouannès<o:p></o:p>